Je me souviens parfaitement du moment où je t’ai vu pour la première fois. Je m’étais installé dans le salon, dans mon club, et j’avais mon ordinateur sur les genoux. Le garçon avec qui je jouais alors une comédie du couple s’occupait dans la chambre, je crois qu‘il gueulait des notes dans un micro ou quelque chose comme ça, en tout cas j’étais seul quand j’ai lu ton message, un simple « salut » avec une demande d’ajout. J’ai répondu « salut », t’ai ajouté et ai visionné tous tes albums photos. Je t’ai trouvé très beau, mais quand tu m’as dit que tu me trouvais charmant, je t’ai informé de ma situation et t’ai dit que j’étais fidèle. Tu m’as dit c’est bien d’être fidèle, c’est rare de nos jours surtout chez les pédés et tu as voulu couper court mais moi je t’ai instinctivement bien aimé et je voulais en savoir plus. J’étais fidèle mais j’étais tombé sous ton charme. On a parlé danse puisque c’est ton métier et ma passion et comme par hasard mon chorégraphe préféré était aussi ton chorégraphe préféré. Après l’autre a rappliqué et a voulu savoir ce que je faisais, je l’ai innocemment laissé lire nos messages, il a dit en parlant de toi il n’est pas danseur ça m’étonnerait avec une pointe de jalousie et quand je lui ai montré tes photos il a eu un rictus comme s’il avait eu un mauvais pressentiment et je t’ai souhaité une bonne soirée. Je savais déjà à ce moment là que je ne partageais pas ma vie avec la bonne personne mais je me découvrais fidèle pour la première fois et je me bornais, du coup, quitte à être malheureux. J’ai pensé secrètement à toi plusieurs fois au cours des heures qui ont suivi. J’avais le pouls qui s’emballait, je ne montrais rien. Le lendemain tu m’avais supprimé de tes contacts. Je t’ai écrit alors si on ne baise pas ensemble on ne peut pas être amis et tu as répondu j’ai préféré te supprimer par respect pour ton mec. J’ai trouvé cela touchant et noble et ça m’a planté un clou dans le cœur. N’empêche, quatre mois plus tard j’étais libre, et deux jours à peine après ma séparation, alors que j’aurais pu profiter de mon célibat, je n’avais plus qu’une idée en tête: retrouver ta trace. J’étais obsédé par toi que je ne connaissais même pas. Au fond de moi je savais que c‘était toi et personne d‘autre, je n’ai même jamais été aussi sûr de quoi que ce soit dans ma vie. Je me souvenais de ton prénom et tu n’avais pas changé ta photo de profil, je t’ai immédiatement reconnu. Cinq jours plus tard nous passions notre première nuit dans les bras l’un de l’autre. Quinze jours plus tard, à l’opéra Bastille, tu posais ta main sur ma main pendant le deuxième tableau de « L'Anatomie de la sensation (pour Francis Bacon) » sur des mouvements de Wayne McGregor, mon chorégraphe préféré. Le tien aussi.
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